Le vrai courant dominant : Le langage climatique du GIEC n’est que du grec pour les masses.

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Climate Change (Reuters)

L’observateur du climat n’a rien produit pour le grand public, à l’exception d’un communiqué de presse et d’une série de titres.

Les scientifiques sont bons en science mais mauvais pour la communiquer aux masses. C’est précisément pourquoi le fossé entre la compréhension scientifique de la crise climatique et les réponses politiques se creuse. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est un exemple classique de communication inefficace. Publié il y a quelques semaines, il est considéré comme le rapport le plus complet sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité, mais sa présentation laisse beaucoup à désirer.

Les rapports du GIEC s’adressent à un petit groupe de personnes. Par exemple, il compte 3 675 pages (que très peu de personnes en dehors de la communauté scientifique du climat liront jamais en entier) avec un résumé de 35 pages. Le résumé, qui s’adresse aux décideurs politiques, a été rédigé de manière compliquée et nécessite une personne ayant de grandes connaissances scientifiques pour en saisir l’essence. En outre, le GIEC n’a rien produit pour le grand public, à l’exception d’un communiqué de presse et d’une série de titres.

Si l’on peut comprendre la réticence de la communauté scientifique à l’égard de la généralisation, c’est précisément ce dont on a besoin pour obtenir un soutien massif à l’action climatique. Il est donc grand temps que le GIEC publie et diffuse ses conclusions d’une manière que la plupart des gens puissent comprendre et agir. J’ai tenté de convertir le résumé de 35 pages en dix conclusions clés et de le présenter dans un langage simple. J’espère que le GIEC fera mieux que cela.

1. La crise climatique est bien pire que ce qui avait été prévu : Les impacts sur l’écologie, l’économie et le bien-être humain sont bien pires que prévu, et l’adaptation à la crise sera plus difficile que prévu.

2. Il détruit la nature : Le changement climatique a déjà causé des dommages substantiels et des pertes de plus en plus irréversibles à la biodiversité sur terre et dans les océans, y compris l’extinction de centaines d’espèces. Environ la moitié des espèces évaluées à l’échelle mondiale se sont déplacées vers les pôles ou vers des altitudes plus élevées pour faire face à la chaleur croissante. De nouvelles augmentations de température endommageront de manière irréversible les récifs coralliens d’eau chaude, les zones humides côtières, les forêts pluviales et les écosystèmes polaires et de montagne, et entraîneront l’extinction massive des espèces dépendant de ces écosystèmes.

3. Le changement climatique nuit à la santé, à la paix et à la richesse de l’humanité : Il a eu un impact négatif sur la santé physique et mentale. Des personnes sont mortes dans le monde entier à cause de la chaleur extrême, des inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes. En outre, l’incidence des maladies d’origine alimentaire, hydrique et vectorielle liées au climat a augmenté. Les troubles cardiovasculaires et respiratoires ont également augmenté en raison de la fumée des feux de forêt, de la poussière atmosphérique et des aéroallergènes.

Le changement climatique rend également les pauvres plus pauvres. Par exemple, la productivité du travail en plein air, dont les pauvres dépendent pour leurs revenus, a diminué en raison de la hausse des températures. De même, les dommages économiques causés par le changement climatique sont prépondérants dans les secteurs de l’agriculture, de la sylviculture, de la pêche, de l’énergie et du tourisme, qui fournissent le plus d’emplois.

Enfin, il aggrave les crises humanitaires en provoquant des déplacements de population dans toutes les régions. En outre, des preuves émergent que le réchauffement climatique pourrait contribuer aux conflits en créant une pénurie d’eau et de terres fertiles.

4. L’Inde sera la plus touchée : Toutes les régions ne seront pas également touchées. Les pays où la pauvreté, les problèmes de gouvernance, l’accès limité aux services et ressources essentiels, les conflits violents et les moyens de subsistance sensibles au climat, tels que les petits exploitants agricoles, les éleveurs et les communautés de pêcheurs, seront les plus touchés. Environ 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans des régions très vulnérables au changement climatique ; une proportion importante d’entre elles se trouve en Inde.

5. Les villes sont des points chauds : Les villes d’Asie et d’Afrique qui connaissent une croissance rapide et abritent de grandes concentrations de pauvres sont particulièrement vulnérables. L’augmentation des températures et les mauvaises pratiques de développement, comme la création de jungles de béton et l’empiètement sur les forêts et les plans d’eau, vont accroître les vagues de chaleur et les inondations.

6. Nous nous approchons rapidement du point de non-retour : Les impacts et les risques liés au changement climatique sont de plus en plus complexes et difficiles à gérer. De multiples dangers climatiques coïncideront, et de multiples risques climatiques et non climatiques interagiront, créant des situations ingérables. Certaines pertes sont déjà irréversibles, comme l’extinction d’espèces. D’autres approchent du point de non-retour, comme les impacts sur l’eau douce dus au recul des glaciers.

7. L’atténuation est la meilleure adaptation : Avec la hausse des températures, les pertes inévitables vont augmenter. Par exemple, dans les écosystèmes côtiers, le risque de perte de biodiversité va de modéré à très élevé pour un réchauffement de 1,5°C, mais passe à élevé à très élevé pour 3°C. Par conséquent, maintenir la température en dessous de 1,5°C en réduisant les émissions est le meilleur moyen de nous sauver.

8. De bonnes pratiques de développement impliquent une bonne adaptation : L’utilisation non durable des terres, la déforestation, la perte de biodiversité et la pollution réduisent la capacité des écosystèmes et des sociétés à s’adapter au changement climatique. L’élimination des pratiques non durables contribuera de manière significative à l’adaptation à la crise climatique. Par exemple, l’amélioration de la rétention naturelle de l’eau dans les villes par la restauration des zones humides et des rivières, la création de zones non constructibles, etc. réduira les risques d’inondation. De même, la gestion de l’eau dans les exploitations agricoles, comme la collecte des eaux de pluie, la conservation de l’humidité des sols et l’irrigation efficace, améliorera la productivité et réduira la vulnérabilité.

9. Laisser la nature tranquille nous sauvera : La sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes est fondamentale pour un développement résilient au climat. À l’échelle mondiale, moins de 15 % des terres, 21 % des eaux douces et 8 % des océans sont des zones protégées. Or, nous devrons conserver environ 30 à 50 % de ces zones pour maintenir la résilience des services écosystémiques.

10. Un engagement politique sans équivoque est indispensable : La mise en œuvre d’actions climatiques nécessite des investissements initiaux considérables, alors que de nombreux avantages ne seront visibles que plus tard. Pour réaliser ces investissements, un engagement politique sans équivoque et une planification à long terme sont essentiels. En outre, de nouveaux cadres, politiques et instruments institutionnels seront nécessaires pour fixer des objectifs clairs, définir les responsabilités et les obligations et assurer la coordination entre les différents acteurs.

En outre, les gouvernements ne peuvent à eux seuls résoudre ce problème ; le rôle des entreprises et de la société civile est tout aussi crucial. La sensibilisation du public et la création de mouvements sociaux sont essentielles pour un plus grand engagement public et politique. Les entreprises devront jouer un rôle plus important dans la réduction des émissions et l’investissement dans l’adaptation. Le rapport affirme en substance que si la crise climatique n’est pas un danger clair et présent, rien d’autre ne l’est.

L’auteur est PDG d’iFOREST. Ses opinions sont personnelles.

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